Les marronniers

Chronique : les marronniers condamnés à mort par l’ASP
Cameraria ohridella et le président de l’ASP

(Comme pour les platanes, dont il est traité par ailleurs, ces questions ont d’abord été posées par écrit aux élus de l’ASP.)

L’ASP a décidé d’éradiquer les marronniers du Parc! Pour quelle raison (officiellement) ?
Regardons la chose de plus près.

Comme tous les visiteurs du Parc le savent, les marronniers sont sujets à un brunissement prématuré de leurs feuilles, souvent dès fin juillet, puis à leur chute. Remarquons qu’en 2012, sans doute du fait d’une météo très inhabituelle en début d’été, les dégâts sont restés très modérés, voire à peine visibles sur beaucoup de sujets.
Le coupable est la mineuse Cameraria ohridella. Il s’agit d’un petit papillon dont les chenilles creusent des « mines » dans l’épaisseur des feuilles, détruisant au passage la chlorophylle. Est-ce mortel, docteur?
Citons d’abord l’article pertinent de Wikipedia:

« La nuisibilité de C. ohridella est avant tout esthétique. Une défoliation de 100% en plein été limite l’ombre dans les parcs et jardins, et surtout provoque une inquiétude du public qui cherche des réponses auprès des instances locales (…)
(…) De plus, l’arbre semble mettre en place un système de compensation en réponse à l’attaque. On a ainsi observé que les surfaces conductrices et les flux de sève sont augmentés pour permettre une meilleure efficience de l’alimentation des feuilles en eau et en nutriments. Les réserves en eau et la photosynthèse seraient donc suffisantes pour ne pas réduire la croissance de l’arbre. Les marronniers à fleurs rouges (Aesculus x carnea) sont moins sensibles, mais peuvent également être touchés. Cependant, même si quelques adultes semblent pondre sur leurs feuilles, les taux d’éclosions et de chenilles viables semblent très faibles, car le développement des larves avorte à quelques exceptions près. »

L’INRA, (source:INRA) qui peut à bon droit servir de référence en la matière, confirme que les arbres n’en meurent pas:

« (…) Aucune mortalité n’a d’ailleurs été enregistrée jusqu’à présent dans les pays où la mineuse est présente depuis plus de 15 ans. On ne peut cependant pas exclure des effets négatifs à plus long terme. (…) malgré ses dégâts spectaculaires, la mineuse du marronnier a un faible impact sur la vigueur des marronniers et ne semble pas mettre en danger leur vie en milieu urbain. »

Insérons enfin ici une courte chronique parlée, diffusée sur France Inter au mois d’août 2011:

 Journal de Stéphane Robert, 7 h 30 le 16 août 2011

Toutes les informations et opinions sérieuses qu’il est possible de recueillir se recoupent ainsi entièrement. Il faut donc bien dire que lorsque l’ASP proclame que les marronniers sont en train de mourir sous l’attaque d’Ohridella, sans s’appuyer sur la moindre source scientifique, et que donc la seule solution est de les éradiquer, c’est purement et simplement faux. D’ailleurs, le peu de dégâts en 2012 (les arbres sont encore bien verts début septembre) démontre la bonne santé des « mourants »!
Les marronniers qui périssent sont plutôt ceux qui avaient subi un élagage inconsidéré, ce que cette espèce supporte mal. Mais ce serait avouer des erreurs passées … En privé, puis timidement dans le bulletin, il est aussi reconnu que certains résidents -jugés importants sans doute- détestent les impacts des marrons sur leur automobile, et enfin que les marrons sont difficiles à ramasser. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage! Au reste, l’étude de 1995 par l’ONF que l’ASP cite volontiers, signale (page14) l’existence de marronniers stériles. C’est à dire sans marrons. Et ne recommande nullement d’éliminer les marronniers, mais seulement d’éviter de les élaguer (page 14).
Au fait, cette situation des marronniers, générale en région parisienne est-elle à ce point intolérable? Imagine-t-on par exemple le Sénat, propriétaire du Jardin du Luxembourg, supprimer la moitié des arbres de ce jardin, qui sont des marronniers? Heureusement les jardiniers de Paris ont plus de discernement que les élus de l’ASP!
Faute d’autre moyen de lutte pratiquement utilisable, le seul moyen efficace pour limiter l’infestation, selon les références déjà citées serait d’incinérer les feuilles tombées qui abritent la plupart des chrysalides en hivernage du papillon. Le personnel du Parc serait tout à fait capable de cette opération, pour autant qu’on le lui demande. Le compostage actuellement pratiqué ne permet très probablement pas d’atteindre sur l’ensemble des feuilles la température de 40°C nécessaire à la destruction des nymphes, malgré les affirmations de l’ASP. Citons de nouveau l’INRA:

« À l’échelle urbaine, où les feuilles sont ramassées durant l’hiver, des gradients de population sont observés à partir des parcs et forêts péri-urbains depuis lesquels C. Ohridella ré-envahit les villes. Ces gradients suggèrent que les potentialités de dispersion active de l’insecte sont faibles (environ 100 m), et que la dispersion serait plutôt le résultat de feuilles transportées l’hiver.
La lutte contre ce ravageur n’est pas facile : accroissement rapide des populations, grande disponibilité de la plante hôte, absence de parasites et de prédateurs spécifiques. De plus, la phéromone de synthèse, très spécifique, est surtout utilisable pour repérer l’arrivée de l’insecte et suivre la dynamique des populations, car les essais de confusion sexuelle et de piégeage de masse réalisés jusqu’à présent ne sont pas convaincants. Dans ce contexte, il reste la lutte chimique et la lutte prophylactique. Plusieurs insecticides chimiques sont très efficaces contre notre mineuse mais leur utilisation n’est pas aisée en milieu urbain car ils demandent des moyens financiers, matériels et humains très importants et sont préjudiciables à l’environnement. On assiste en plus à une reconstruction rapide des populations après traitement à cause de la forte croissance des populations. La méthode la moins coûteuse pour diminuer les populations est le ramassage et l’élimination des feuilles. L’insecte hiverne dans les feuilles tombées au sol et ne peut survivre en dehors de son abri foliaire. Un ramassage minutieux des feuilles sous l’arbre, ainsi que dans les zones arbustives et buissons à proximité des marronniers, peut conduire à l’élimination de la mineuse sur le site pendant l’hiver et limiter les dégâts la saison suivante. »

L’élimination brutale des marronniers, la solution simpliste choisie par l’ASP est coûteuse. Elle défigure l’avenue concernée pour de longues années. Elle permet certes un revenu substantiel au fournisseur de jeunes plants, ce qui a pu peser dans la balance, bien que l’ASP s’en défende énergiquement, bien entendu. Nous verrons aussi que les espèces de remplacement, en particulier le platane, ne sont pas indemnes de dangers. La diversification des essences employées est le meilleur moyen d’assurer la pérennité des alignements.

Quelques suggestions encore:

– L’ASP pourrait contribuer au financement de la recherche sur les moyens de maîtriser ce parasite, recherche qui ne semble pas suffisamment active. Créer par exemple une bourse de doctorat sur le sujet, financée par l’ASP ou par une souscription qu’elle ouvrirait. Voilà qui serait plus constructif et moins barbare que de supprimer les 1200 marronniers qui parent encore le Parc!
– Une concertation avec la Ville de Paris, qui a une approche réfléchie de la question, qui gère dix fois plus de marronniers que l’ASP sans en supprimer aucun, et dispose de moyens très supérieurs, serait aussi une attitude respectable et utile.
– Planter des espèces de marronnier résistantes au parasite, il en existe plusieurs dont Aesculus x carnea, le marronnier rouge déjà mentionné, Aesculus wilsonii, et / ou des variétés stériles. On peut en voir à Maisons-Laffitte même, et aussi au jardin du Luxembourg, dans le parc du Muséum National d’Histoire Naturelle à Paris ou à l’arboretum de Chèvreloup.

Cet article va se terminer par un commentaire sur le comportement du précédent président de l’ASP, dont le mandat s’est achevé en 2011.
Lors de l’assemblée générale des propriétaires du Parc de 2011, en réponse à une question portant justement sur les motifs de l’élimination des marronniers, le président sortant, Giraud, a répondu en substance « les marronniers sont en train de mourir, il fallait agir ».
La grande habileté de ce personnage pour « gérer » l’assemblée en tant que spectacle à la gloire des élus, en escamotant tout débat qui pourrait risquer de la ternir a bien entendu coupé court à toute discussion.
Cette réponse concernant les marronniers, faisant suite aux échanges cités ci-dessus et dans le contexte des connaissances parfaitement établies sur le phénomène démontre soit une ignorance complète de la question par celui qui en décide, ou bien, s’il faut le créditer d’être convenablement informé, consiste en un mensonge pur et simple.
C’est cette attitude arrogante et injustifiable qui a déclenché la création de ce site.
Il faut aussi dire que, lors de la même réunion, le même président sortant a montré un très étonnant mépris pour les associés -et pour la démocratie- en annonçant le résultat de l’élection de son successeur par le conseil syndical avant même le début du vote par l’assemblée qui devait renouveler partiellement le conseil! Il ne s’agissait nullement d’un lapsus ou d’une envolée verbale mal maîtrisée: le bulletin suivant de l’ASP reproduit mot pour mot son discours. Il est vrai que les résultats de votes à l’ASP ont traditionnellement une odeur de Russie soviétique: les élections y sont des cooptations même pas déguisées.
La démocratie vue par l’ASP est bien étrange, il y manque manifestement un contre-pouvoir.

Pour en savoir un peu plus:

Cameraria ohridella, Institut fédéral de recherches WSL

Univers Nature, 5 mai 2010

Cameraria ohridella, Summa Gallicana

La mineuse du marronier, Wikipedia

Et quelques photos de l’auteur, qui a essayé de ne pas être trop redondant avec ces sites